Toujours tu seras…

Tu sais la souffrance des jours de pluie
Tu sais la détresse et les rues dévastées
Tu sais la laideur des champs de bataille
Et la lutte des peuples opprimés
Paris qui gémit, Paris qui crie
Paris qui saigne
Paris, ces visages grimaçant sous leur masque de haine
qui braquent sur ta peau leurs noirs fusils d’assaut
Ces hommes déshumanisés qui n’ont que le blasphème
pour mémoire…et le tombeau
Tu les connais
Ils traversent les siècles, se couvrent de cagoules
Ils crachent le nom de Dieu comme ils crachent sur la vie
Et se vautrent dans la boue avant d’avoir péri

Mais tu es là
Tu es là et tes mots sont un phare qui rayonne
Tu as les yeux ouverts, tu ne te caches pas
Libre
À découvert car ton cœur bat
Ton cœur bat de ces millions de femmes, d’enfants et d’hommes
Qui t’aiment
Debout sous la mitraille, tu sais que tu ne céderas pas
Que cette page rouge comme une ride profonde
sur ton visage de proue
Éveillera les consciences dans les seins endormis
Paris, la nuit est longue mais des milliers d’étoiles
scintillent comme une prophétie :
Liberté, Égalité, Fraternité
Et pas une ne cille !

 

Je reprends la plume comme on pousse un cri et ces vers sont tombés en dix minutes alors, Lecteur, daigne excuser leur imperfection…

 

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Moi le simple rocher…

 

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Comme un temple dressé, gardien de l’océan
Battu par le vent sur mon socle inébranlable,
Témoin muet et fier, solide et immuable
Mémoire du monde, de l’eau et du néant,

À ceux qui m’écoutent, je racontes ta vie.
Les moules, le lichen accrochés à ma peau
Comme l’onyx, mouillée ; ils ne sont qu’oripeaux,
Éphémères lambeaux, coquilles de survie :

Je surplombe les flots et défie la tempête
J’ai vu des galères, des boutres, des galions.
Frappés à la drisse, les plus beaux pavillons
Gonflés d’espérance, partir à la conquête.

J’ai vu l’homme libre et l’homme portant des chaînes,
Des héros dont l’écho porte encore les noms :
Flibustiers, corsaires, pirates aux surnoms
Flottant dans l’air marin, tels la fièvre quartaine.

Passent pourtant les jours, les mois et les années,
Le printemps et l’automne et l’hiver et l’été
Et l’enfant qui grandit et le vieil entêté
Et l’arbre qui se meurt et les roses fanées.

Rien ne résiste au temps ! Mais moi qui vous regarde
Je conte votre histoire et vous plains de ne voir
Le soleil sur la dune et la mer en miroir…
Moi, le simple rocher, je suis… celui qui garde. 

Je conte votre histoire et vous plains d’être sourds.
Sourds aux chants des oiseaux, au silence, à la terre.
Vous gaspillez vos jours à vous faire la guerre
Moi le simple rocher, je suis pétri d’amour.

 Voix : Michel Tissier

Écrit en alexandrins, ce mètre si propice à l’épopée, j’ai souhaité adopter le point de vue d’un rocher, employant en l’occurrence, le procédé de style très prisé des fabulistes : la prosopopée.

Un rocher qui s’adresse aux hommes dont la vie est si courte et qui  gaspillent leur temps, sans voir la beauté de ce qui les entoure…

Le premier quatrain, semblable à une introduction et le dernier, à une clausule, alternent masculine-féminine-féminine-masculine, contrairement aux autres strophes où les rimes, également embrassées, commencent et se terminent par une rime féminine.

 

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Dans un monde toujours plus contrôlé, le rêve est l’avenir de l’homme.

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Le rêve, libre territoire

Dans une société matérialiste, où l’individualisme prôné afin de contrôler chaque citoyen tend à devenir la ligne de conduite générale. Une société dans laquelle la technologie (on ne peut que songer à 1984 de George Orwell) est un moyen de contrôle optimum, quelle parcelle de liberté l’individu possède-t-il encore ?

Je répondrai que le rêve est son plus grand territoire…

Le rêve, je parle notamment du rêveur éveillé qui se rebelle encore en exprimant son individualité. Le rêveur est celui qui lutte, celui qui n’abandonne pas, parce que ses rêves, ô paradoxe, lui font entrevoir d’autres réalités…

Le rêve, un espoir

Quant aux technologies dont j’use en ce moment même en espérant trouver un écho chez toi, Lecteur, certes, elles nous asservissent : nous sommes fichés, répertoriés, surveillés…

Le tribut à payer est lourd mais l’espace ouvert est grand… car il y a toujours un revers de la médaille, et c’est le dos du médaillon, non estampillé, qui m’intéresse en l’occurrence. Ce revers consiste en une gigantesque toile d’araignée. L’Arachné moderne tisse des milliards de fils  à travers le monde. Ces fils qui relient les hommes sont autant de vecteurs qui leur permettent de partager leurs rêves, entraînant en cela l’espoir que la réalité individualiste et matérialiste à laquelle on veut nous contraindre, peut imploser !

En opposant aux décideurs, à la conscience de plus en plus décadente, nos rêves les plus utopistes fussent-ils, comme Arachné, l’humain obtiendra peut-être une seconde vie…

Ceci n’est que l’ébauche d’une pensée, tu peux, cher Lecteur, l’enrichir de ta réflexion…

Réflexion de Eschylle :

Et dire que je n’avais pas vu passer cet article consacré au rêve !
L’ambivalence du deux-pattes est telle que lesdites multinationales susceptibles de contrôler son humanité sont aussi celles qui peuvent le tenir par le rêve. Suivent-elles une éthique ? Supposons que ce soit le cas à l’heure actuelle, il est peu probable que cela dure toujours ainsi. Les deux-pattes devront se confronter au territoire du rêve et à la liberté. Finalement, le film Matrix était prémonitoire.

Réponse de Eleusis

Merci d’être le premier à t’exprimer dans cette rubrique, toi Eschylle, qui donnes du rêve…Car la réflexion s’enrichit de l’autre…
Je partage ton constat et depuis toujours les sociétés dominantes produisent et diffusent des modes et des modèles. Aujourd’hui, avec l’essor des médias, le dieu moderne, ces modèles ont une portée mondiale si bien que l’uniformisation – et ainsi l’affadissement de l’individualité- galope.

Oui, ces multinationales produisent aussi du rêve, mais un rêve unique…un idéal de réussite, par exemple, basé sur le triomphe des apparences !
Oui, l’ordinateur, par exemple, s’est démocratisé. Qui n’a pas un ordinateur chez soi ? C’est moins coûteux que des vacances de rêve, qu’un opéra…Il tient lieu d’outil d’information, de loisir, de communication… Mais il permet de conditionner, de formater la population.

Toutefois n’est-ce pas toujours en employant les outils « les armes » de ce que l’on souhaite combattre qu’on arrive à un résultat ?
Cet outil et d’autres, à nous de nous en emparer, à nous de les dévoyer avec conscience…

Ta référence à Matrix me plaît… Comment se termine Matrix au juste ? Sur une impasse ? Sur le triomphe de l’amour humain ? Sur un cycle sans cesse renouvelé ? Neo refuse de relancer la matrice.
Finalement le traître (dont je ne sais plus le nom) qui rêve de manger un steak irréel mais dont le goût est vrai… choisit « le confort virtuel à la réalité »
Le rêve sous contrôle…

Toi le quatre-pattes Lettré, as-tu déjà remarqué que lorsqu’un couple s’aime, il rayonne, mais son rayonnement peut être différent… Soit tourné vers l’intérieur avec une lumière qui s’entre-nourrit et rejaillit avec faiblesse sur le monde autour, soit, beaucoup plus rarement, il est alliance de deux auras qui se conjuguent, irradient et agissent sur l’extérieur…

Alors, ne peut-on rêver d’une lumière qui s’intensifie et se propage dans une défense commune de l’humain ? Et un amour de l’humain ?

D’autres idées se bousculent…

Encore merci de ta réflexion qui a enrichi mon approche et m’a permis d’ajouter ces quelques lignes…
Tu as ouvert le débat…

 

Réflexion de Hélène Mariau :

 

Très beau texte….j’adore la métaphore de l’araignée
Je me permets une petite citation :
 » Nous sommes tissés de l’étoffe dont sont faits les rêves .  » William Shakespeare

Réponse de Eleusis :

Bienvenue Hélène et merci pour cette belle citation de Shakespeare…
N’hésite pas à t’exprimer ici, si tu le souhaites…
La réflexion s’enrichit de l’autre…
Belle soirée !

 

 

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J’accuse,

J’accuse

Les hommes d’hier et d’aujourd’hui et les cite à comparaître
Moi, le pâle embryon de votre futur à naître
Pour m’avoir arraché, sans sevrage, à la Terre- Mère

Pour avoir 

Perforé ses poumons, à coups de haches et de machines,
Dévoré sa forêt, ne laissant que moignons
Brisé, au-dessus des pôles, sa fragile protection

Pour avoir

Tari les océans, pillé les innombrables richesses
Chassé avec excès, sans respect des espèces
Déversé immondices et déchets, méprisé ses largesses

Pour avoir

Miné sol et sous sol, bombes sous vos pieds,
Libéré sans limite vos instincts meurtriers

Pauvre faune humaine, dite civilisée…

Vous avez commis l’irréparable, l’ impardonnable, l’ineffable génocide !
ASSEZ ! Quel plaidoyer pourrait défendre vos âmes cupides ?

J’étais votre avenir, vous m’avez condamné
Et vous vous êtes condamnés…

J’ai choisi le titre de ce poème en pensant, bien entendu, au célèbre plaidoyer de Zola en faveur de Dreyfus mais aussi à la phrase prophétique « la vérité est en marche, rien ne l’arrêtera » scandée par les Dreyfusards.
J’ose espérer que dans le cas de cette terre, qui est notre seule maison à tous et que nous avons le devoir de sauvegarder pour les générations futures, la vérité sera celle de la conscience !

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Le présent, temps idéal ?

À la naissance, le Temps nous enlace
Et qui aime la danse croit lui échapper
Mais la valse finale, de la vie nous délace
Et la faucheuse ne tarde à nous écharper.

« L’Homme avance vers la mort, la tête tournée vers le passé. »
Cette phrase m’est venue alors que je tentais de saisir( quelle prétention, ai-je d’abord pensé) le présent ! Les mots que je viens d’écrire ont déjà sombré dans le passé ! Seul ton regard, lecteur, peut les faire revivre et s’inscrire dans le présent.
Sablier, clepsydre, horloge, grain de sable ou tic tac régulier, le temps perçu comme un ennemi, Chronos dévorant ses enfants, semble s’écouler, de façon linéaire et inéluctablement, si nous adoptons un point de vue scientifique.

Lorsque l’on cherche la définition du présent dans un dictionnaire et je citerai, en l’occurrence, le Littré et le Robert, le présent se définit par opposition au passé et au futur, comme :
S. m. Ce qui est actuel.
Plutôt vague…
Indivisible, le présent est une durée, celle qui sépare le deuxième grain de sable en train de tomber, du premier déjà tombé.

Deux philosophes avaient déjà capté mon attention :
Bergson, qui a beaucoup écrit sur le sujet et dont j’ai retenu ces phrases :
« Seul le moi éprouve le temps dont l’essence est la durée. »
« Sans doute, il y a un présent idéal, purement conçu, limite indivisible qui séparerait le passé de l’avenir »

Pascal qui considère que « Le présent est le seul temps qui est véritablement à nous »

Ce présent, que tant de poètes, en particulier les Romantiques, ont voulu immortaliser, étirer à l’envi (l’on songe bien sûr à Lamartine) n’est-il pas aussi l’instant où notre être, tous les pores ouverts, se laisse pénétrer par l’événement, heureux ou malheureux, cette durée où il n’est qu’émotion ?

N’est-il pas dans tout acte de création de l’homme depuis le début de son évolution ? Et dans l’oeuvre de l’artiste, qui est atemporelle ? Car l’homme dispose, sans doute sans en avoir pleinement conscience, de ce moyen pour contrarier l’ogre impitoyable.

À méditer

 

 

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Hommage au cavalier

En cavalier masqué, il défiait le cénacle
Et de ses mots fléchés, franchissait tout obstacle,
Portant le verbe haut, sur sa pointe d’acier
Semant un champ de mots en maître artificier.

En jongleur de lettres, pour la belle il choisit
L’ univers du mètre, de la rime qui séduit.
L’espace d’un instant, la dame fut la Fée
D’un fil de chair captif à la lyre d’Orphée.

Hélas ! la Jouvencelle, avait le coeur épris
D’un joueur de vielle. Le cavalier comprit.
Elle disparut au matin dans la venelle.

Le soir s’étendit comme un danseur à plein temps,
Le jeune homme sourit au rêve du printemps,
Et son reflet devint empreinte d’ aquarelle.

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