Moi le simple rocher…

 

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Comme un temple dressé, gardien de l’océan
Battu par le vent sur mon socle inébranlable,
Témoin muet et fier, solide et immuable
Mémoire du monde, de l’eau et du néant,

À ceux qui m’écoutent, je racontes ta vie.
Les moules, le lichen accrochés à ma peau
Comme l’onyx, mouillée ; ils ne sont qu’oripeaux,
Éphémères lambeaux, coquilles de survie :

Je surplombe les flots et défie la tempête
J’ai vu des galères, des boutres, des galions.
Frappés à la drisse, les plus beaux pavillons
Gonflés d’espérance, partir à la conquête.

J’ai vu l’homme libre et l’homme portant des chaînes,
Des héros dont l’écho porte encore les noms :
Flibustiers, corsaires, pirates aux surnoms
Flottant dans l’air marin, tels la fièvre quartaine.

Passent pourtant les jours, les mois et les années,
Le printemps et l’automne et l’hiver et l’été
Et l’enfant qui grandit et le vieil entêté
Et l’arbre qui se meurt et les roses fanées.

Rien ne résiste au temps ! Mais moi qui vous regarde
Je conte votre histoire et vous plains de ne voir
Le soleil sur la dune et la mer en miroir…
Moi, le simple rocher, je suis… celui qui garde. 

Je conte votre histoire et vous plains d’être sourds.
Sourds aux chants des oiseaux, au silence, à la terre.
Vous gaspillez vos jours à vous faire la guerre
Moi le simple rocher, je suis pétri d’amour.

 Voix : Michel Tissier

Écrit en alexandrins, ce mètre si propice à l’épopée, j’ai souhaité adopter le point de vue d’un rocher, employant en l’occurrence, le procédé de style très prisé des fabulistes : la prosopopée.

Un rocher qui s’adresse aux hommes dont la vie est si courte et qui  gaspillent leur temps, sans voir la beauté de ce qui les entoure…

Le premier quatrain, semblable à une introduction et le dernier, à une clausule, alternent masculine-féminine-féminine-masculine, contrairement aux autres strophes où les rimes, également embrassées, commencent et se terminent par une rime féminine.

 

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De l’avalanche

Ils se sont effleurés aux épis d’un hiver
De soie glacée. Il s’ immisça dans ses vers,
À revers, l’esprit allumé. Il implosa son univers.
Alors, chaque jour, comme une herbe sage,
De son champ d’amour, elle guettait son breuvage
Echo, la divine, apprenait son langage.
L’animal avait l’oeil roucoulant et bleu,
Pour un loup de souche, c’était plutôt heureux,
Pour elle, c’était un implicite des Cieux.
Mais elle sentait, dans l’humus de son cœur,
Un lac d’eaux sombres et de forêts en pleurs.
Ils n’en parlaient jamais, c’était mal heur.
Le temps s’estampillant, la belle s’enquérait :
Comment rejoindre la bête qui l’attirait ?
Elle eut alors une idée. Un soir sans attrait,
Elle plia sa peau de femme. Nue, bravant le froid,
Elle offrit son corps à la rudesse du bois,
Caressant le regard des dieux, tout pantois.
Emus, les membres roides comme les branches,
Ils l’exaucèrent : elle devint Louve blanche.
Elle fuit alors l’horizon et dans le pays comanche
S’unit au loup gris et ce fut l’avalanche.

 

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Ronde de lune

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Pâle et endormie
la lune au soleil d’hiver
volutes d’opium

Jaune et juvénile
la lune a l’oeil étourdi
une lettre d’or

Coupe rougeoyante
la lune dans ses quartiers
volupté gourmande

Un rideau tiré
la lune s’offre en croissant
soleil amoureux

Parure d’été
la lune aux courbes girondes
ventre dévêtu

Azur étendu
lune sous sa chevelure
féminin vertige

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Ronde de Lune

Pâle, endormie,
la lune au soleil d’hiver
rêve de libres vers

Jaune, arrondie,
la lune à l’oeil étourdi
irise une lettre d’or

Découpée, rougeoyante
la lune en quartiers
est volupté gourmande

Dorée, énamourée,
la lune s’offre en croissant,
aux serres d’un oiseau blanc

Parée, parfumée,
la lune aux courbes ingénues
sur un toit dévêtue

Réjouie, attendrie,
la lune roule sa chevelure
sur l’ azur étendu

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