Le Parfum

carte symbole alchimique

Transformer l’univers en un vaste athanor
Soufre, mercure et sel sous la flamme vermeille
Réduire en poudre les chaînes, la haine et l’or
Pénétrer le puits noir où le mage sommeille

Fermer les yeux dans les bras de la terre mère
Mordre aux fruits défendus et répandre leur jus
Des lèvres goûter, tel l’amant se désaltère
La langue sillonnant le corps aimé et nu

S’enivrer du contact des bois et de la source
Attiser le désir à son point culminant
Sentir, sous ses dents, le temps battu dans sa course
Les paumes sur la chair et le pouls lancinant

S’abandonner, comme le rivage tremblant
Sous le flux régulier des vagues qui le lèchent,
S’imbibe peu à peu, humide et accueillant.
Que l’oeuvre au rouge soit d’amour et de ses flèches.

En écrivant ce texte m’est venu à l’esprit le roman de Patrick Süskind Le Parfum, d’où le titre. Je me disais que si l’on pouvait trouver un parfum qui transforme tous les sentiments humains de haine, de colère, de vengeance en amour, le monde serait idéal…

Chacun est magicien…

 

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Il neige dans ma mémoire

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Il neige dans ma mémoire
De blancs flocons précoces
Une enfant qui ne sait pas
Accroche au firmament
Des rêves radieux
Une guirlande de vœux

Il neige dans ma mémoire
Déraciné, un sapin cligne de l’oeil
Au feu d’une cheminée ancienne
Dorment de petits souliers vernis
Une enfant qui ne sait pas
Ronronne à côté du chat

Il neige dans ma mémoire
Ma madeleine
A un parfum d’orange
Et un goût chocolat
Une enfant qui ne sait pas
Écarquille les yeux

Il neige un regard bleu
Et une main brune
Un secret enfermé
Dans une armoire nocturne
Une enfant qui ne sait pas
Saute dans tes bras

Il neige dans mon miroir
Où tu te tiens sans masque
Un conte, seulement pour moi
Il était une fois…
Un père Noël de fortune
Comme un second papa

Mais toi, tu n’es plus là…

 

madeleine (cf Marcel Proust « À la recherche du temps perdu « )

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Esquisse d’un baiser

 

Furtif et léger
Aux néons de la ville insouciants
Comme la fleur du blanc cerisier
Dérobé aux passants

Sur des lèvres transies
Flocon impertinent
Caresse de l’esprit
Rêve évanescent

Furtif et léger
Juste un éclat de lune
Sur la pointe des pieds
Un mirage nocturne

Sur des lèvres transies
Esquisse à l’encre rose
Désir qui s’écrie
Une bouche qui ose

Furtif et léger
Feuille qui tourbillonne
Le vent l’a emporté
Il n’était pour personne

Sur des lèvres transies
Juste un éclat d’amour
Un fruit gorgé de vie
Envolé pour toujours

Voix : Michel Tissier

 

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Sur le tableau blanc, mes mots verts

Depuis combien de temps sommes-nous face à face, 
Voyageurs réunis au sein d’un même espace ?
Pour cultiver la fleur qui tremble sur sa tige,
Chaque rentrée est un vol de haute voltige !

Derrière vos écrans d’ ipad, d’ ordinateurs,
Se cachent des terreurs nichées dedans vos cœurs
D’adolescents. À vos mains tendues vers la lune,
Offrir la lettre qui déjouera l’infortune…

Quand sur le tableau blanc vos rêves s’inquiètent
Et que dans vos écrits, mes mots verts se reflètent
Dans vos yeux grand ouverts, je vois tous mes enfants
Mélange de couleurs, vous êtes noirs et blancs…

Neuf mois de gestation, de défis, de confiance
De la provocation à vos murs de silence
De vos espoirs muets à votre démesure
L’amour qui nous unit est une note pure !

Je pense que pour enseigner, il faut avoir la vocation, comme on dit…
Chaque année, un contact s’établit avec une multitude d’élèves, que nous revoyons plus tard ou non…Contact fait de méfiance, de crainte, de provocation mais aussi d’une confiance absolue, touchante , d’espoirs, d’attentes et même de larmes d’adieu ou d’aveux des coeurs qui semblaient les plus durs !
Le savoir se transmet au sein d’un florilège d’émotions… Je rends hommage à tous ceux avec qui j’ai passé une année, parfois plus. Du collège à l’université, quand je sortais moi-même tout juste de l’adolescence.
Les jeunes sont l’avenir et j’aime leur rire et leur démesure, dans une société de plus en plus étriquée ! Ils sont la seule récompense de ce métier dont les conditions ne cessent de se dégrader et sur lequel on jette un voile pour se masquer la face !

 

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Cyrano, derrière ta fenêtre…

Ô ce chant qui roucoule
Où frémit la Garonne
Nougaro qui se roule
Sur la pierre qui fredonne…
La Cité des Violettes
Aux lèvres roses
Sort de sa musette
Une leçon de choses,
Tout un bois de senteurs
Sans l’accent du pays
Verse dans mon cœur
Toute sa panoplie

Le matin me réveille
Dans le lit de ton fleuve
Sortie d’un long sommeil
Ou du voile de la veuve
En félin sur ma peau
Tu inscris tes voyelles
Je tricote les mots
Caresse d’hirondelle
Ô coquins de Gascogne !
L’amour pointe son nez
Et c’est mon pouls qui cogne
Au fil de son épée !

Cyrano me sourit,
Derrière ta fenêtre :
« L’amour logerait ici ?
Frissonne tout mon être… »

Quelques vers nés avec le jour…

 

 

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Libre Ronde…

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Vois,
La lune brûle comme un soleil
Ce soir. Les étoiles une à une chancellent
Et près de moi te rappellent 
Mercure mande son coq sonner le réveil
La lune brûle comme un soleil

C’est l’été qui revient dans ton cou voyageur
J’y respire la pêche et le péché
La pomme et ce ver oublié
D’Adam, tout à son bonheur
C’est l’été qui revient dans ton cou voyageur

Ensemble sur les chemins froissés
De feuilles à la nervure de nos mains
Bravant les champs du doute, demain
Nous marcherons les lèvres embrassées
Ensemble sur les chemins froissés

 

La vie est faite de départs, de retours, d’arrivées, concrètes ou symboliques…
Un poème comme une escale… Je n’ai mis que la ponctuation minimale, libre à toi,
Cher Lecteur, d’y mettre ta respiration.

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Étranger familier -2-

À l’ombre de mes cils, sur un nuage rose,
Monsieur, vous êtes là, comme un rêve imprécis.
Mes yeux ne vous voient pas, mais vous êtes ici,
Ici vous êtes bien, par mon anadiplose.

Mon cœur, lui, vous connaît et votre nom murmure
Et s’enflamme à vos mains, s’anime doucement
Etes-vous follet ou volition seulement ?
D’un parterre fleuri, une ancienne ramure ?

Des jambes, tout du long, au sommet de mon front
L’Hégoa me ravit d’un souffle forgeron.
Un voile évanescent en volutes me couvre.

Venez ! de vos baisers, je sens déjà l’ardeur
Une étrange moiteur lorsque ma bouche s’ouvre
Vous invite : venez ! étranger maraudeur.

À quelques uns qui aimeraient lever le mystère :
Je suis un oeil bienveillant, Cher Lecteur, et tout ce que tu écris est important...
Quant à mon pseudonyme, je te confierai prochainement les raisons de ce choix.

 

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Hommage, Bella Ciao…

Toi l’étranger mystère
Ta voix vient des éthers
L’ébène a ton front discret
Le violon pleure en secret
Ton destin
Clandestin !
Était-ce une déroute
Une lettre de cachet en août
Le sceau d’un tyran
Un glaive foudroyant ?

L’exil ou vivre sans parler,
Des mots, des mots pour exister
Des mots rouges, des mots sang
Des mots pour tous les partisans.
La liberté !
L’éternité !
Sur les sentiers de feu
En cendres, les noms de ceux
Tombés en conscience
Au cœur, la vaillance.

Les dictatures ici ou là
Déciment sans combat
Des corps anonymes
Ne sont pas des victimes !
Terrifiés
Humiliés
Combien prennent la fuite
Dans un dédale sans suite
De soif, de mort et de faim ?

Grand-père, je porte en moi la fin !

 

Ce texte est dédié à tous les Italiens qui refusèrent de se soumettre
à la dictature de Benito Mussolini, et à mon grand-père en particulier.
Par extrapolation, je pense à tous ceux qui subissent toute forme de dictature.
Oser simplement parler, c’est mettre sa vie en danger parfois.
Tous les jours des femmes et des hommes meurent pour leurs idées…

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Braquage…

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Dis-moi, mon bel amour gangster
Qu’on s’est pas mis les fers
Que nos mots des vers gondés
Ne seront jamais estampillés
Que nos joutes hors la loi
Sont en vers ou endroit
Que Verlaine surfe sur l’eau
Qui coule sous Mirabeau
Que les barreaux de cette cage
Ne sont qu’un pur mirage
Que dans les eaux du Nil
Mordent toujours les crocodiles
Que je reste ton prochain braquage
Je ne serai jamais sage…
Dis-moi le vent chaud des îles
La langue de l’océan, subtile
Les longs frissons de peau.
Jetons nos oripeaux !
Sors une flèche de ton carquois
Et d’un tir érectile et matois
Retiens mon regard insolent
Dans la ferveur de ton sang.

Dis-moi… et à la prochaine saison, je serais ton moussaillon…

Photo prise au fil du Tarn.

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Les trois soeurs…

Quelle est celle des trois qui naquit la première ?
Leur lange de couleur brodé par mille mains
Ferventes, les reçut sans aucune prière
Leur regard lumineux ouvrant d’autres chemins

Le peuple stupéfait le regardait briller
Mais nées les yeux ouverts, leur corps, lui, restait frêle
D’une révolution qui manqua de ciller
Dans l’histoire souvent, marquée de coups de grêle

De son berceau natal la liberté alla
Briser les bracelets mutilants de l’ esclave
Et sur les dos zébrés, la lune se voila
Du rouge taffetas d’un peuple qui se lève

Le visage serein de la deuxième sœur
Accordait à chacun une même espérance
Mais souffrant d’un pied bot excitait la rancoeur
De maîtres corroyeurs avides de puissance

La plus humble des trois, emplie de compassion
L’amour à son drapeau, ne connaît de frontière
Elle élève toujours, elle est l’annonciation
L’union et l’avenir. Elle est l’hospitalière…

Elle répond au nom, commun : fraternité

Je n’ai pas pour objet, dans cette rubrique consacrée à la poésie, d’ouvrir un débat, mais je ne peux m’abstenir d’inscrire quelques mots !

Cette volonté d’écrire sur la devise républicaine du peuple français hantait mon esprit depuis longtemps. Mais les idées restaient dans les limbes. Puis ce sont des vers entiers, je dirais même le premier quatrain qui se présenta à moi, je compris que je pouvais commencer à exprimer ce qui me tenait à coeur.

La liberté est bridée par le contrôle toujours plus grand du pouvoir sur l’individu, l’égalité reste une valeur partagée par quelques uns, mais il serait intéressant de s’interroger sur la réalité qu’elle revêt aujourd’hui. De plus, il y a une tendance à confondre « égalité » et « uniformité » …

La fraternité, il est dans le pouvoir de chacun de regarder l’autre, c’est en elle, à mes yeux que réside tout progrès de l’humanité.

 

 

 

 

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