Va…

Va

Ne te retourne pas

Pas encore. Écoute l’aurore

L’aurore est bleue,

Bleue comme un dimanche sans rime,

Un dimanche qui s’endort.

Va

Franchis la porte

La porte où bâille la tendresse

La tendresse est pure,

Pure comme l’azur d’un jour sans fin,

Un jour qui sait.

Va

Je ne te suivrai pas

Pas cette fois. Je reste sur le quai

Le quai des mots perdus,

Perdus comme la lettre qu’on n’attend plus,

La lettre, que je n’écrirai pas.

Va

L’amour est une longue tresse

Une tresse couleur du cœur,

Le cœur est un moineau sensible,

Sensible comme la pupille levée vers le soleil,

La pupille qui reflète l’ ombre.

 

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Moi le simple rocher…

 

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Comme un temple dressé, gardien de l’océan
Battu par le vent sur mon socle inébranlable,
Témoin muet et fier, solide et immuable
Mémoire du monde, de l’eau et du néant,

À ceux qui m’écoutent, je racontes ta vie.
Les moules, le lichen accrochés à ma peau
Comme l’onyx, mouillée ; ils ne sont qu’oripeaux,
Éphémères lambeaux, coquilles de survie :

Je surplombe les flots et défie la tempête
J’ai vu des galères, des boutres, des galions.
Frappés à la drisse, les plus beaux pavillons
Gonflés d’espérance, partir à la conquête.

J’ai vu l’homme libre et l’homme portant des chaînes,
Des héros dont l’écho porte encore les noms :
Flibustiers, corsaires, pirates aux surnoms
Flottant dans l’air marin, tels la fièvre quartaine.

Passent pourtant les jours, les mois et les années,
Le printemps et l’automne et l’hiver et l’été
Et l’enfant qui grandit et le vieil entêté
Et l’arbre qui se meurt et les roses fanées.

Rien ne résiste au temps ! Mais moi qui vous regarde
Je conte votre histoire et vous plains de ne voir
Le soleil sur la dune et la mer en miroir…
Moi, le simple rocher, je suis… celui qui garde. 

Je conte votre histoire et vous plains d’être sourds.
Sourds aux chants des oiseaux, au silence, à la terre.
Vous gaspillez vos jours à vous faire la guerre
Moi le simple rocher, je suis pétri d’amour.

 Voix : Michel Tissier

Écrit en alexandrins, ce mètre si propice à l’épopée, j’ai souhaité adopter le point de vue d’un rocher, employant en l’occurrence, le procédé de style très prisé des fabulistes : la prosopopée.

Un rocher qui s’adresse aux hommes dont la vie est si courte et qui  gaspillent leur temps, sans voir la beauté de ce qui les entoure…

Le premier quatrain, semblable à une introduction et le dernier, à une clausule, alternent masculine-féminine-féminine-masculine, contrairement aux autres strophes où les rimes, également embrassées, commencent et se terminent par une rime féminine.

 

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L’hymne oublié des marins

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Comme un amant aux doigts habiles,
Éole, à la bouche marine,
Insuffle une brise câline :
Doux, sur mon visage immobile.

Son souffle est le chant de l’aède,
Un hymne oublié des marins ;
Du muguet, la senteur d’un brin.
Il s’insinue sur ma peau tiède

Sa langue légère est taquine,
L’aréole des seins frissonne.
Tandis que le vent papillonne,
Un refrain murmure en sourdine…

Le flux et le reflux de l’onde
Au rythme lent et régulier,
Bercent la coque d’un voilier
Gréé pour parcourir le monde.

Quelques gouttelettes d’embrun,
Vent couvert sur mon ventre nu.
Au loin, l’horizon inconnu,
Dans le ciel, un plumage brun.

 

Écrit d’abord sans forme particulière, l’octosyllabe s’est ensuite imposé comme un rythme régulier. Tu peux également remarquer que le premier, le troisième et  le dernier quatrain n’alternent pas les rimes féminines et masculines, contrairement aux deux autres. J’ai souhaité exprimer une douce communion avec la nature et entre les principes féminins et masculins…

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